• Critique Je ne suis pas un Homme par

    Autant j?ai adoré le film, autant le manga m?a encore plus séduite. C?est tout simplement une vraie révélation pour moi. Presque un hit en quelque sorte et si franchement, le prix peut rebuter (18? tout de même), la qualité vaut qu?on fasse cet effort. Cette ?uvre ne peut tout bonnement pas laisser indifférent quiconque la lira.

    L??uvre m?a vraiment séduite, notamment (et à l?instar du film) en posant ces questions si dérangeantes, presque métaphysiques qui en viennent à bouleverser notre vie si rangée. Quel sens donner à la vie ? Pourquoi on existe ? Comment trouver une voie quand on paraît être tiré par des ficelles ? Car le personnage de Yôzô se sent ainsi : tel un pantin désarticulé qu?on manipule grâce à l?argent. Dans cette société capitaliste, les vraies valeurs n?existent plus et c?est quelque chose que le personnage exècre, mais qu?il cautionne paradoxalement, et peut-être par défaut. On nous montre donc l?image d?une société façonnée où les gens doivent avoir un comportement exemplaire : être poli, travailleur, souriant, dipômé et le tout, en faisant plaisir à ses proches. Dés lors que l?on sort de cette norme, on n?est plus qu?un « déchet de la société. » Yôzô en fait l?amère expérience, mais pour autant, il n?arrive pas à sortir de ce système corrompu dont il connaît que trop bien les ficelles. Avec son physique avantageux, il vit dans une espèce de confort déguisé où les femmes l?entretiennent le plus souvent. Il ne fait qu?enchaîner les rencontres sans lendemain, ou bien des rencontres qui auront malgré tout une influence dans sa vie comme avec Papillon.

    Pourtant, le personnage a aussi cette envie d?en finir parfois, face à cette hypocrisie ambiante à laquelle il est constamment confronté. Quand il semble voir des lumières, c?est pour mieux tomber dans l?obscurité. De ce contraste entre la lumière et l?ombre, se dégage une ambiance, très malsaine, pessimiste, voire suffocante. Sans compter que le cynisme du personnage n?aide en rien à nuancer cette vision très noire de la société. Cet anti-héros parvient à nous toucher paradoxalement, son vide, sa tristesse inhérente, ses réflexions, on est totalement captivés par tous ses bouleversements.

    Alors, il faut aussi souligner la manière singulière dont l??uvre nous est présentée, puisque Furuya Usumaru se met lui-même en scène dans le manga en parlant de recherches pour une future BD. J?ai trouvé ce principe excellent. Du coup, on a le contrepoint de l?auteur. En tombant sur la page autobiographique de Yôzô, l?auteur nous offre l?introspection du jeune homme en parcourant sa vie faite de simulacres.

    Le coup de crayon de l?auteur est aussi très soigné. On a des cases très noires qui concourent à amplifier le côté dérangeant du manga. Et lorsque le noir se veut omniprésent, on ne peut que ressentir davantage la détresse du personnage. D?autant que l?édition est de qualité : grand format, papier glacé, graphisme impressionnant.

    En gros, ce manga permet de s?immerger au plus près de la déchéance d?un homme, d?un esprit qui est devenu marginal et qui a été en quelque sorte créé par la société.

    9

    Heyden - 01 juin 2011

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