Décès de l'auteur Albert Weinberg

Le dessinateur de Dan Cooper nous a quitté...

Le papa de la série d'aviation Dan Cooper est décédé le 29 septembre dernier.

Voici le communiqué officiel des éditions Le lombard :

"Nous venons d’apprendre avec beaucoup de tristesse et d’émotion la disparition d’Albert WEINBERG, auteur-dessinateur des mythiques aventures de l’aviateur Dan Cooper.
Décédé, le 29 septembre 2011, Albert Weinberg comptait parmi les derniers piliers de la première génération de créateurs du journal « Tintin ». La direction, le personnel et l’ensemble des auteurs des Éditions du Lombard s’associent à la douleur de son épouse, de sa famille et de ses proches.
 
Né à Liège le 9 avril 1922, Albert Weinberg se destinait au très sérieux métier de comptable. Pendant son service militaire, impressionnés par ses talents de dessinateur, ses copains de régiment l’avaient persuadé d’en faire son métier. Démobilisé en 1947, il commença par assister Victor Hubinon et collabora aux séries «Buck Danny» et «Blondin & Cirage» publiées dans le journal «Spirou». De 1949 à 1954, comme auteur-dessinateur à part entière, il anima la série «Luc Condor» dans la revue «Héroïc-Albums». À partir de 1950, il réalisa parallèlement des illustrations et mit en images de courtes histoires «authentiques» pour le journal «Tintin». Lancées dans le numéro du 17 novembre 1954  du même fameux hebdomadaire des 7 à 77 ans, les aventures aériennes et spatiales de son fameux aviateur Dan Cooper deviendront rapidement une série best-seller. Traduits en 15 langues, les albums de cet attachant pilote de l’armée de l’air canadienne connaissent toujours un immense succès international. Les 41 titres de la série composent aujourd’hui une superbe «Intégrale» en 12 tomes éditée par Le Lombard.
En 2004, à l’occasion des 50 ans de carrière de son héros, Albert Weinberg s’était vu remettre le premier diplôme d’honneur décerné par la Royal Canadian Air Force à un auteur-dessinateur de BD."

 

Ci-dessous, un des derniers interviews de l'auteur autour de sa série phare, recueillis en 2004 à l’occasion des 50 ans de "Dan Cooper".

 

Quand il est apparu dans le journal «Tintin», Dan Cooper avait-il pour mission de concurrencer Buck Danny, le pilote de l’US Air Force dont les exploits captivaient les jeunes lecteurs du journal «Spirou» ?

Absolument pas ! A l’époque, beaucoup de dessinateurs avaient leur spécialité et, comme j’étais un passionné d’aviation et qu’il n’y avait pas d’histoires d’aviation dans le journal, je me suis vu attribuer ce créneau. Au départ, mon job était de réaliser périodiquement de courtes BD de trois ou quatre planches sur ce thème-là. La création d’une série n’était pas envisagée. Quand j’ai apporté les premières planches, le rédac’chef, épaté, les a aussitôt montrées au grand patron. A son tour enthousiasmé, Raymond Leblanc m’a alors demandé de créer un personnage de pilote d’essai qui serait le héros récurrent d’une suite d’aventures. C’est ainsi que la carrière de Dan Cooper a commencé…

 

Pourquoi en avez-vous fait un pilote canadien ?

Quand j’étais gamin, il y avait des salles de cinéma où l’on ne projetait que des documentaires. Etant curieux de nature, j’allais très souvent voir ces films qui me faisaient découvrir de nouveaux horizons. C’est ainsi, comme on dit là-bas, que je suis tombé en amour pour le Canada. Une passion qui ne s’est jamais démentie depuis. Si j’avais été célibataire lorsqu’en 1966, j’y suis allé pour la première fois, je n’en serais pas reparti… C’est ce qui explique pourquoi Dan Cooper est un pilote de la Royal Canadian Air Force.

 

Le personnage est-il physiquement issu de nombreux croquis ?

Dan Cooper est sorti spontanément de mes crayons. Ce n’est pas un personnage issu de longues recherches graphiques. Je l’avais naturellement dans la main. Physiquement, il n’avait rien de préalablement défini. Quand on feuillette les premiers albums, on constate d’ailleurs que ses traits sont assez simples. Ils se sont précisés et affermis au fil des années. Peu à peu, l’homme a aussi pris de la prestance et de l’âge.

 

En quoi l’aviation vous passionne-t-elle autant ?

J’ai toujours été passionné d’aviation et d’aviation militaire plus particulièrement. Pour moi, les Mirage, F16 et autres super-jets sont à l’aviation ce que les bolides de F1 sont à l’automobile. D’où leur pouvoir de fascination… Comme je suis très documenté et que j’aime bien me projeter dans le futur, il m’est arrivé de créer et de lancer des «prototypes» dans mes BD. Dont, dès le départ, le fameux Triangle Bleu. Ces appareils n’étaient pas tout à fait imaginaires. Ces extrapolations reposaient sur des données techniques existantes et que je mettais en pratique avec un peu d’avance.

 

Les militaires vous livrent-ils facilement leurs secrets ?

Parce qu’on connaît le bon usage que j’en ferai, j’ai toujours eu facilement accès aux informations, même les plus confidentielles.

 

Aujourd’hui, Dan Cooper n’est plus du tout le héros de science-fiction qu’il était à ses débuts…

En effet. J’ai fait évoluer Dan Cooper de manière à l’impliquer de plus en plus dans les réalités actuelles. La politique internationale m’intéresse énormément et je la suis de très près. Une bonne vingtaine des quelque quarante albums parus à ce jour résulte ainsi des réactions de mon imaginaire à des événements réels, à des conflits notamment dans lesquels intervient l’OTAN. Elaborer un scénario à partir de là est très passionnant, bien que souvent très ardu et très délicat. Dans le genre de BD que je pratique, la rigueur de la documentation est en outre très importante. Cela dit, si les aspects techniques demeurent très présents, je privilégie de plus en plus les côtés humains de mes personnages, même secondaires. Les éléments féminins se sont aussi développés…

 

Etes-vous un dessinateur qui raconte des histoires ou un raconteur d’histoires qui dessine ?

Les deux à la fois. J’adore créer des histoires. Le scénario, quelles que soient les séquences qu’il comporte, je le conçois comme un cube dont ne voit pas toutes les faces et ce qui se trouve à l’intérieur. On le tourne dans tous les sens dans l’espoir de découvrir le sésame qui vous ouvrira la voie qui vous permettra d’arriver au bout, mais il arrive parfois qu’on ne le découvre pas… Cela dit, je ne peux pas écrire un scénario sans avoir aussitôt l’envie de le mettre en images. Chez moi, l’écriture et le dessin ne vont pas l’un sans l’autre.

 

Au cours de vos 50 ans de vie commune, Dan Cooper ne vous a jamais lassé ?

Jamais ! Dan Cooper fait partie de ma vie et je ne pourrais pas vivre sans lui.

Publiée le 12.10.2011 17:25:00