Tumatxa : L'Emission ! - EPISODE 18 : La défection noire d’Abel Ferrara
On poursuit tranquillement cette saison de « Tumatxa! » avec une nouvelle livraison : c’est le rayon de soleil consolateur de votre semaine, et le mien, aussi. On déroge un peu à la formule classique cette semaine, mais si peu. Beau programme, quand même, si vous m’autorisez cette soudaine poussée d’auto-satisfaction.
Littérature (mais axée cinéma), BD (autopsie d’un des chefs-d’oeuvre du medium, jamais évoqué par nos soins), série télévisée (en l’occurrence d’animation), le tout en musique : tel est le sidérant menu de la semaine.
Pour la littérature, on s’intéresse à de la VO cette semaine (en espérant que les lecteurs non-anglophones auront à terme une VF à se mettre sous la dent), avec « Scene - A memoir », l’autobiographie du grand Abel Ferrara. A travers ce livre en apparence foutraque (à l’image de son auteur) mais en réalité diablement bien structuré, on se replonge avec délectation dans la filmo et la bio de celui qui fut l’un des cinéastes les plus excitants des années 80 et 90 (la filmo de Ferrara à l’époque n’a que peu d’équivalents en termes qualitatifs). L’avantage de ce bouquin, c’est qu’on est certain que c’est bien Ferrara et pas une vulgaire IA générative qui a pondu le texte ; on a presque l’impression d’entendre sa voix tant cette prose lui ressemble. D’une franchise désarçonnante (Ferrara ne masque rien de ses errements et défaillances) et d’une liberté de ton presque comique (Ferrara nous livre la recette du crack, avant de nous conseiller d’éviter d’en consommer hein), le livre fourmille de plus de détails qui raviront les amateurs de sa filmo, et « réhabilite » même intelligemment certains films considérés comme mineurs (Ferrara explique ce qu’il a voulu faire avec l’incompris « New Rose Hotel », et c’est brillant). Indispensable pour les amateurs du plus voyou des cinéastes américains, aujourd’hui apaisé, sobre et illuminé des enseignements du Bouddha.
Pour la BD, on s’attaque à un gros morceau, mystérieusement escamoté depuis trop d’années du sommaire de cette émission, à savoir le troublant « Black Hole » de Charles Burns. Pourquoi maintenant ? Car un très excitant projet d’adaptation de la chose en série télé a été annonce, et que c’est la prometteuse Jane Schoenbrun qui s’y colle ; on y reviendra en temps utile. En attendant quel plaisir que de replonger dans les splendides planches de Burns, qui consacra 10 ans (de 1995 à 2005) à ce pur chef-d’oeuvre, allégorie multi-facettes des tourments de l’adolescence. On y suit les pérégrinations d’une bande d’ados typiques de leur temps (les années 70, soit la période où Burns lui-même était un adolescent, fort malheureux de son propre aveu), entre fiesta à base de joints et de bière bon marché, de relations sexuelles hasardeuses, et d’une bonne dose massive de spleen adolescent, alors que rôde une mystérieuse MST, la Crève, qui accable nos héros de mutations plus étranges et dégueulasses les uns que les autres. Pas forcément riche en rebondissements dramatiques trépidants, « Black Hole » est surtout une oeuvre qui capte une humeur et forge une atmosphère uniques en leur genre, doublée d’une splendeur graphique.
Pour les séries télé, après des perles comme « Scavengers Reign » ou « Common Side Effects », évoquons une autre pépite de l’animation « pour adultes » avec le très étonnant « Undone », le travail conjoint de Raphaël Bob-Waksberg (le maître d’oeuvre de « Bojack Horseman ») et Kate Purdy. Doté d’un casting haut de gamme (la fabuleuse Rosa Salazar et Bod Odenkirk en tête), la série fait preuve d’une originalité et d’une virtuosité assez folle sur le plan narratif et graphique. Sur ce dernier plan, « Undone » est peut-être l’oeuvre la plus aboutie que la technique si singulière de la rotoscopie aura pu engendrer. Quant à l’écriture, entre la finesse de la caractérisation et les considérations philosophico-SF que le pitch (une jeune femme découvre qu’elle peut s’affranchir de règles de l’espace-temps et qu’elle peut sauver son père décédé 20 ans auparavant) autorise, elle est proprement stratosphérique. Seul bémol : le méchant decrescendo qualitatif entre la première et la seconde saison. Série imparfaite donc, mais passionnante, ne serait-ce que pour cette incroyable première saison…!!
Le temps est comme à l’accoutumée soigneusement mis en musique de bon aloi : les métalleux américains de Nevermore seront bientôt de retour avec un impressionnant nouveau vocaliste, l’occasion pour nous d’écouter « Sentient 6 », de l’album « This Godless Endeavor » ; « Bloodflowers » est un album plutôt mal-aimé de The Cure, et pourtant il regorge de pépites comme l’épique « Watching Me Fall » ; Hey Colossus vient de pondre « Heaven Was Wild », excellent album dont est issu « People You Long To Forget » ; enfin, on termine avec un monument du dark ambient avec « Dead People’s Things », issu de « Morals And Dogma », le chef-d’oeuvre de Helge Sten alias Deathprod…!!!
“Trained I see imperfection in your race
Lying in wait, blind I suffer knowing I’ll never reach your heaven
It’s unattainable, please teach me how to dream
I long to be more than a machine”
Par Le Doc