Viens Dans Mon Comic Strip : Greystoke

Le retour du maître avec un titre autour de Tarzan !


GREYSTOKE

par Evanier et et Spiegle

 

L’histoire éditoriale de Tarzan en France est compliquée (pour la première raison que le personnage a été exploité en comic books, mais également en comic strips quotidiens et dominicaux, et que les ventes de droits n’étant pas centralisés, ces derniers ont connus diverses fortunes), mais elle comprend un grand chapitre, correspondant aux publications Sagédition.

 

Pour faire court, Sagédition a exploité les parutions de Tarzan pendant de longues années, au fil de Tarzan en collection « Vedette T.V. », Tarzan Géant, Tarzan Extra ou Super Tarzan, certaines de ces séries connaissant plusieurs versions successives. De quoi perdre un collectionneur dans sa propre liste de recherche.

Pour savonner d'avantage la planche, l’éditeur a également publié des numéros hors série, d’un format avoisinant celui de l’album, un peu à l’image de ce que pratiquait Lug avec L’Araignée et les Fantastiques. Sauf que, Sagédition oblige, ces grands formats paraissaient de manière aléatoire, offrant un sommaire d’autant plus surprenant qu’il n’y avait pas de suivi. Cela dit, les collectionneurs, toujours eux, courent après ces albums, dont la plupart contiennent des aventures dessinées par Russ Manning (et quand on est homme de goût, on apprécie Russ Manning).

Personnage légendaire, délicatement suranné, Tarzan est connu de tous. Admettons néanmoins qu’il est surtout « mal » connu, le grand public limitant sa perception du personnage à un cri beuglé au bout d’une liane, à une guenon prénommée Cheeta et une compagne dénommée Jane (ou l’inverse ?) et à quelques mésaventures dans la jungle. Pour bondissante qu’elle soit, la version cinématographique de Johnny Weismuller a fait oublier à plusieurs générations des pans entiers de l’univers du seigneur de la jungle, où se mêlent fantastique (lorgnant vers la science-fiction parfois), dépaysement et merveilleux. Autant d’éléments qui sont pourtant bien présents dans les bandes dessinées (notamment de Russ Manning).

En 1984, un film va secouer le cocotier, proposant d’explorer une dimension intéressante du personnage. Plutôt que de l’opposer à une forme de fantastique, Hugh Hudson, dans le long métrage Greystoke, va s’intéresser à l’enfant sauvage récupéré par la civilisation, bâtissant une parabole écologiste d’une grande pertinence, et brossant par la même occasion le portrait d’une Angleterre (voire d’un Occident) éhontément colonialiste.

Fatalement, un éditeur américain allait bien se pencher sur la question et adapter le récit. C’est Marvel qui s’en charge, confiant la tâche à Mark Evanier et Dan Spiegle. Les deux larrons sont connus de nos services. Evanier, ancien assistant de Jack Kirby, est scénariste de dessins animés et de bandes dessinées (Crossfire avec Spiegle, DNAgents avec Meugniot…). Quant à Dan Spiegle, il est connu pour avoir dessiné la Space Family Robinson, et il n’est pas étranger au monde de Tarzan puisqu’il a illustré de nombreuses aventures de Korak, le fils de ce dernier. Ils s’entendent bien, ils connaissent le sujet, donc on peut avoir confiance.

D’après les sources d’information, cette adaptation comprend trois numéros. Or, la version française, publiée par Sagédition durant le quatrième trimestre 1984, ne comprend que 48 pages. De là à en conclure que l’ensemble de la mini-série n’est pas arrivé jusqu’en France, il n’y a qu’un pas, que l’on ne franchira pas en l’absence d’information plus précise.

Toujours est-il que l’album français propose une adaptation qui n’en est pas une. La première moitié du récit s’intéresse à la mutinerie qui amènera les parents du jeune héros à échouer sur une plage et à installer un baraquement de fortune dans les branchages de la jungle, afin d’accueillir le nouveau-né déjà en route au début du récit. La seconde moitié s’intéresse à l’adoption du bambin, après la mort de ses géniteurs, par une femelle gorille, puis à sa lente ascension dans le clan des singes. La dernière page montre le jeune Tarzan se frapper la poitrine, et d’une certaine manière l’album se conclut là où « commence » l’intrigue du film de Hudson.

Hasard de l’adaptation ou volonté déjà prévue dans l’édition américaine (que celui qui a les fascicules américains lève le doigt), cela fait de l’édition française un parfait complément au film. Rajoutons à cela que Spiegle, dans son style sobre, un peu mou et très délicat qu’on lui connaît, livre de splendides visages féminins, des décors luxuriants, de belles scènes d’action, et au final un album assez splendide, dans un style modeste tout en retenue. L’un de ses meilleurs boulots. 

Publiée le 20.07.2016 20:15:00