Critique À nos amours 2

J’avais hâte de tenir entre les mains la suite d’A NOS AMOURS. De retrouver J.P Nishi, la tête entre les mains, dans son jeune rôle de papa, de mari, de mangaka et surtout de Japonais un peu coincé paumé au milieu des Français. J’adore les contradictions, les mélanges et les oppositions, cela donne du piment à la vie et pour celui qui regarde de loin, c’est le rire garanti.


Rien qu’à la couverture, nous sommes sourire aux lèvres. Le riz sacré en Asie cuisiné à la sauce française, un comique de situation qu’il est facile de se représenter. C’est cocasse et très drôle, surtout que le fiston lui n’a que faire des traditions à son âge, tout ce qui compte c’est qu’ce soit bon, et là c’est très bon. Voilà ce qu’est A nos Amours dans ce tome 2.


Entre adaptation, revendication et compromis, J.P Nishi continue de nous raconter combien il peut être difficile d’élever un enfant quand les parents viennent chacun d’une culture différente. Se dresse évidemment l’apprentissage de la langue, pour plaire aux deux parce que c’est toujours une fierté d’apprendre à son enfant la langue qui est la sienne, surtout qu’habituellement cela se fait naturellement. Nishi et sa femme sans trop se concerter ont décidé de lui parler dans les deux langues et forcément pour le gamin qui cherche simplement à communiquer cela donne une évolution plutôt burlesque. Les mots se mélangent et si dans sa tête tout s’encapsule vite et bien (les gamins sont des génies), pour Nishi dont le français reste une langue d’origine inconnue (ou presque) c’est un combat du quotidien. Et oui quand on prend note que nos rejetons sont plus intelligents que nous, qu’ils apprennent cent fois plus vite pour ne plus jamais oublier, ça fait mal. Enfin, pour le lecteur cela fait risette.


Mais, si les enfants ne sont pas votre tasse de thé (ou de café comme il vous plaît), sachez que Nishi arpente d’autres terrains. Karen, sa femme, qui ne cessera jamais de nous surprendre et… les amis de Karen qui sont homos et libres et nobles et français, et ont donc un comportement à mille lieux de ressembler à celui des japonais. Nishi découvre des choses et de par des points de vue différents, fait sa petite thèse et conclue avec raison que nos cultures ou celles des autres se compliquent bien la vie parfois. Il tend à prendre le meilleur de chacune d’elle. L’exemple le plus percutant dans ce tome est notre manière d’appréhender les transports en commun. Quand au Japon, personne ne laisse sa place assise, ni à une dame âgée, ni à une femme enceinte, ni à quelqu’un qui se sentirait mal, quand tout le monde baisse le regard pour justement ne pas à croiser celui d’un voyageur en peine qui aurait fort besoin de s’asseoir 5 min, c’est tout l’inverse en occident (perso je dis tant mieux). Chez nous quelqu’un n’hésiterait pas à carrément demander qu’on lui cède la place en cas de besoin, et on jetterait des regards méchants quand le pointé du doigt ferait mine de pas comprendre. Et bien sachez qu’il ne faut surtout pas agir de la sorte au pays du soleil levant, sous peine de traumatiser nos amis japonais. Karen l’a appris à ses dépens quand elle était enceinte. En fait, il faut s’entrer dans le crâne que les japonais ne sont pas doués pour communiquer, aussi quand un inconnu ou une inconnue leur adresse la parole, ça va à l’encontre de leur nature et ils sont pris au dépourvu.


Un autre moment mémorable et qui n’a rien à voir avec les origines, les hémorroïdes. Nishi chez son toubib, suite aux conseils (aux ordres) de sa femme est à tomber par terre. Oh et les bisous à la française du fiston Nao. Et oui, en France on ne se sociabilise pas de la même manière. Nous sommes plus tactiles et rentre-dedans. Fille ou garçon, on ne fait aucune distinction du genre. Sueurs froides pour Nishi qui doit s’adapter ou s’habituer.


C’est tout cela A nos Amours et J.P Nishi a le chic pour nous raconter son histoire. On rit, on rit et on rit.


Oh, j’y ai bien trouvé quelques défauts cependant. Le fait que ce soit une succession de scénettes donne parfois l’impression d’un illogisme entre les pages, comme si certains chapitres étaient dans le désordre. On passe d’un sujet à l’autre très brusquement pour revenir au précédent. Je vous rassure, quand on est dedans on ne le ressent pas pleinement et cela ne gêne en rien la lecture mais avec du recul, on ne peut nier que c’est parfois étrange. De même, les stéréotypes font bon train même si je pense que cela va de soit avec ce genre d’histoire. M’enfin, je ne peux m’empêcher (et c’était déjà le cas dans le tome 1) de me dire que je n’ai rien en commun avec Karen et que Nishi qui pense souvent que sa femme est digne représente de toutes les femmes françaises se fait des idées fausses. On n’a pas toutes un besoin vital d’exprimer des « je t’aime » à son conjoint tout le temps, ni de le câliner, ni de lui faire des papouilles dès que l’occasion se présente, encore moins devant témoins. Même chose pour les français en général. J’ai pour ma part que très rarement l’envie d’un dessert après un repas et je ne sais pas cuisiner (et j’adore cuisiner) sans une planche à découper. Ou alors, j’ai l’âme d’une japonaise en moi qui s’ignore. Qui sait ?!


Enfin, vous l’aurez compris, Nishi accentue nos différences comme on caricature en BD les défauts physiques et intellectuels des personnages. On ne va pas lui en tenir rigueur, surtout que cela sert son histoire. J’ai passé un excellent moment en compagnie de ce trio atypique mais charmant. Tout est très dynamique, on ne s’ennuie pas et quand arrive la dernière page, on en voudrait encore tellement tous ces éclats de rire font du bien. Ce titre je vous le recommande, il est à consommer sans modération. C’est un titre comique qui a le mérite de mettre en miroir deux cultures qu’on pense très opposées mais qui au final offrent une jolie harmonie.

9
A nos Amours est drôle, tonique, expressif, un condensé de situations du quotidien qui égayent même la pire des mauvaises journées. Matez la couverture, lisez la couverture et si comme moi vous souriez il n’y a pas une seconde à hésiter. Kana signe un très bon titre et une belle édition, j’en redemande.

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par DéesseVonKiki

Gardant continuellement l'esprit ouvert, je n'exclue aucun genre si ce n'est peut-être le genre guimauve ou Arlequin. J'aime cependant ce qui est différent, ce qui surprend. Rêveuse dans l'âme et aventurière chevronnée avec une manette en main, ma table de chevet se couvre de mangas, de romans, de cd's et d'une feuille de papier. Et bien souvent aussi d'un biscuit accompagné d'un thé car lire c'est certes bien mais avec confort et gourmandise c'est juste parfait.

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