Critique L'homme de la mer 1

Le talent coréen se fait trop rare dans nos librairies pour passer à côté d’un titre comme celui-ci. L’Homme de la Mer, avec sa couverture qui donne tout de suite le ton, le chat au milieu comme un pont entre deux rives, nous amène non loin de Seoul, dans une ville bordée par l’océan.  

On y fait la connaissance d’Anna, une jeune femme encore un peu enfant dans sa tête qui ne porte pas la Vie dans son cœur. Elle erre sans but précis, cherchant désespérément des réponses à des questions d’ordre existentiel. Il faut dire qu’elle vit une période difficile. Une rupture récente, un licenciement, pas de parents ou d’amis à l’horizon, elle ignore quoi faire pour améliorer son lendemain. Jouer au loto ? encore faudrait-il qu’elle ait de la chance, même les animaux n’en veulent pas. Reste l’alcool pour tout oublier.

L’auteur pose ici ses idées et dénonce un vrai problème actuel. Anna est en effet le reflet d’une génération paumée qui ne trouve plus sa place dans une société en perdition. Cette confrontation et ce clivage des générations amènent à réfléchir. La perte de repères, impossible de ne pas s’identifier à cette femme de même pas 30 ans qui voit tout en noir. Comme une philosophie, l’auteur parle de l’importance et du sens qu’on donne à la vie et surtout à la sienne.

Anna heureusement a une passion : la natation. Elle adore nager, faire des longueurs dans le grand bassin et ne plus rien penser. Or, si elle ignore d’où lui vient un tel besoin au quotidien, on devine que de cela dépendra son salut.

En parallèle, un homme ronchon à l’allure de Jean Reno dans le Grand Bleu prend de la place sur les pages. Deok-hyun, une grenouille avec une moustache pas très loquace éveille notre intérêt. Semblant vivre en autarcie, reclus du reste du monde, il loge dans un conteneur rouge dont il ne sort que pour plonger dans la mer et pêcher des crustacés. Discret, isolé, il ne se mêle pas aux autres et ignore magistralement les recommandations de sa fille qui pourtant se donne du mal. Son passé est un mystère jusqu’au moment où sa route vient se mêler à celle d’Anna qui reconnaît tout de suite en lui un « Haenyo », ces femmes sud-coréennes qui plongent en apnée et dont la réputation n’est plus à prouver. Qu’il soit un homme l’interpelle et lui donne le courage de supplier qu’il fasse d’elle son élève. Quitte à payer. Comme une révélation, elle se colle à lui jusqu’à obtenir gain de cause.

Je ne vous en dis pas plus mais sachez que de là les choses évoluent dans le bon sens et… dans le moins bon. Anna apprend beaucoup au contact de cet homme de vingt ans son aîné, elle gagne peu à peu en assurance mais n’échappera pas à la déception constante que nous offre la vie.

« C’est la première fois que j’ai 49 ans… Tout le monde vit chaque année pour la première fois… on est tous des débutants de la vie. On ne peut que se foirer. »

Une belle leçon de vie qui m’a particulièrement plu. Sans oublier les moments cocasses de deux petits vieux qui pêchent tout en se prenant la tête sur qui a tort ou raison. A chaque nouveau jour son nouveau sujet, à chaque nouveau jour, sa nouvelle dispute… chaque jour cette régularité qui fait sourire parce qu’on a tous déjà connu des plus vieux à la mémoire effacée par le temps et qu’on sait pertinemment qu’ils ne sont après tout que le miroir futur de nous-mêmes.

Au final, Anna qui pensait ne rien connaître de la vie est celle qui a tout compris et n’est pas le maître celui qui avait été désigné au hasard. Du moment où elle prend conscience de sa liberté et de ce qu’elle signifie, elle avance. Elle parvient même à retourner sa situation d’élève et à faire –aidée de son sacré caractère – grandir un homme qui à la base ne croyait pas plus qu’elle en la vie. Elle insuffle un second souffle à ce moustachu qui peut-être à force de rester en apnée avait oublié comment respirer.

Le mot de la fin cependant pourra décevoir, j’ai été très déçue personnellement. En pleine action, l’auteur nous arrache brusquement d’une mer déchaînée pour nous proposer quelques pages bonus très grossièrement dessinées et surtout pas mises en couleurs. On est laissé sur notre faim et j’avoue que cela gâche le plaisir. On ressort un peu amer comme un repas trois étoiles avec un dessert cramé. Ma note ne dépassera donc pas 8 et il n’y aura pas de coup de cœur, mais que cela ne vous empêche pas de tenter l’aventure car on passe un très bon moment. Le trait très occidental, ajouté d’une découpe bande-dessinée nous ramène à l’essentiel. Sans fioriture, sans chichi ou grosses onomatopées (SFX), on s’attarde sur les décors, les détails, les personnages, comme une aquarelle de la vie mise sur papier.

8
Enfin, un titre qui justifie son grand format. Entièrement en couleurs, l’Homme de la Mer est presqu’un livre contemplatif. L’image, les couleurs parlent d’elles-mêmes, l’ambiance s’impose à nous naturellement et l’empathie fait le reste. On s’attache aux personnage et on devient vite accro à cette histoire simple mais pleine de bon sens. J’étais surprise d’être à ce point portée loin dans l’émotion après seulement un chapitre. C’est une vérité, un triste constat de notre existence. Pourquoi la vie ? L’auteur n’énonce pas de réponse précise, aussi chacun sera libre d’interpréter à sa guise et de trouver la solution qui lui convient. Et puis, c’est coréen alors il faut foncer.
  • Entièrement en couleurs
  • Découpé comme une BD
  • Dessiné comme une BD
  • Histoire qui parle à tout le monde
  • Vérité de la vie
  • Coréen
  • La fin brusque et brutale

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par DéesseVonKiki

Gardant continuellement l'esprit ouvert, je n'exclue aucun genre si ce n'est peut-être le genre guimauve ou Arlequin. J'aime cependant ce qui est différent, ce qui surprend. Rêveuse dans l'âme et aventurière chevronnée avec une manette en main, ma table de chevet se couvre de mangas, de romans, de cd's et d'une feuille de papier. Et bien souvent aussi d'un biscuit accompagné d'un thé car lire c'est certes bien mais avec confort et gourmandise c'est juste parfait.

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