Critique Plus que des amis 1

Déjà connue chez nous pour son oneshot intitulé sick, Tomo Kurahashi revient avec Plus que des Amis, une histoire mettant au centre deux amis d’enfance, Akira Suga et Yuto Hara, qui cohabitent ensemble depuis le début de leurs études supérieures et qui vont assez vite, vous l’aurez deviné, devenir plus que cela !


Choisir la thématique des amis d’enfance qui craquent l’un sur l’autre, c’est assez courant dans le boy’s love et de fait, cela peut se révéler assez ennuyeux ou même casse-gueule car les pièges du genre sont nombreux et parce que l’histoire peut rapidement déraper sur des situations complétement ridicules ou, disons-le, carrément stupides. Heureusement pour nous, Plus que des Amis est à ranger la catégorie des yaoi qui se veulent simple, tendre et romantique avec une petite pointe d’érotisme, l’histoire du manga étant développée avec un certain naturel et mettant en image une relation à laquelle il est facile de croire.


S’il y a en effet une chose sur laquelle Tomo Kurahashi se démarque dès les premières pages, c’est l’attention portée à la crédibilité de l’amitié qui existe entre Suga et Hara. Les deux jeunes hommes se connaissent extrêmement bien, pour ne pas dire par cœur, et cela s’illustre notamment par quelques petites attentions, des réflexes et quelques dialogues dans l’ensemble banal mais qui installent relativement bien la routine à laquelle les personnages sont habitués. On s’imagine sans problème les deux garçons se côtoyer et s’amuser ensemble depuis plusieurs années. L’introduction se fait donc en douceur mais surtout avec une fluidité à laquelle on adhère !


Une fluidité qui se reflète également dans la structure narrative introspective, alternant entre les cogitations de Hara et celles de Suga pour faire avancer l’histoire. Et c’est là qu’est tout l’intérêt car nous allons vite nous rendre compte que les deux étudiants ont chacun développé des sentiments sans que l’autre ne s’en rende compte ! L’autrice aborde ainsi un sentiment bien souvent survolé mais qui pourtant apporte un poids considérable aux émotions des garçons, à savoir la peur de se voir réduire à néant sur une impulsion une amitié de longue date. Que faire si l’autre ne ressent pas la même chose ? C’est un point de non-retour derrière lequel se trouve potentiellement un cœur brisé et avant lequel blocage, contrôle de soi et frustration sont nécessaires pour continuer comme si de rien n’était…


Une situation absolument pas idéale, donc, et qui va bien entendu être forcée dans une résolution puisque Hara surprendra Suga un soir, en plein paluchage. Puis, une chose en entraînant une autre… bref, pas la peine de vous faire un dessin ! J’avoue avoir eu peur lorsque j’ai lu cette partie du résumé car il s’agit d’une situation tellement générique et clichée que cela avait le potentiel de tout gâcher. Alors que pas du tout ! Au moment de ce rapport sexuel, nous ne sommes pas encore mis dans la confidence des sentiments de Hara mais avec la rétrospective, la tension sexuelle émanant de cette première connexion sur le plan physique s’élève d’un cran tandis que l’on se libère, au passage, des entraves du stéréotype lié à l’ami qui expérimente sous l’influence de l’alcool.


Le ressenti n’est plus du tout le même et cela ne sera d’ailleurs pas la seule scène à caractère érotique à faire son petit effet. Je pense notamment à cette large case qui nous projette dans le corps de Hara, observant un Suga assoupi avec les genoux repliés – dans la bonne position quoi – et cherchant le courage de l’embrasser. Je ne sais pas pour vous mais plus que n’importe quelle scène explicite, j’ai trouvé ce passage extrêmement sensuel et efficace dans sa capacité à nourrir l’imaginaire. Le dessin de l’autrice, qui n’a pas changé depuis sick, est toujours aussi agréable à l’œil et charme sans difficulté !


J’ai donc beaucoup apprécié ma lecture mais cela étant dit, j’ai quand même un ou deux bémols à exprimer. Le premier, pour chipoter, concerne la « lenteur » avec laquelle les deux amis d’enfance percutent qu’ils sont sur la même longueur d’onde. Un comble, je sais, quand la plupart du temps j’ai plutôt tendance à me plaindre que tout est trop rapide… Mais disons que, vers la fin, l’impatience se faisait tant ressentir que j’avais envie d’en prendre un pour taper sur l’autre, afin de leur ouvrir les yeux ! Preuve, s’il en est, que je me suis complétement retrouvé investi dans cette relation.


Pour ce qui est du réel reproche, je regrette – juste un peu - *cette phrase*… ô combien superfétatoire, qu’on trouve dans 99,9% de la production, qui me hérisse le poil et qui a le don de systématiquement m’éjecter de l’histoire. Mes lecteurs et lectrices fidèles sauront très vite à quoi je fais référence. Grrrr… Ces lignes de dialogues restent incroyablement bêtes et ne servent à rien. Mais vraiment, à rien. Peut-on leur faire passer le message au Japon ? En toute honnêteté, même si cela ne représente vraiment pas grand-chose sur l’intégralité du tome, ça lui coûtera tout de même une ½ étoile en notation car cela me rend dingue pour commencer et puis, parce que cette petite note amère est arrivée en fin de volume. Je réitère, ça n’était pas nécessaire.


Avant la conclusion et pour changer un peu de nos habitudes, un mot sur le contenant.


N’ayant généralement pas d’exigence particulière sur le travail de l’éditeur en ce qui concerne le papier utilisé, la taille ou autre touche de fantaisie, je ne m’attarde rarement, voire jamais, sur l’objet en lui-même dans mes chroniques mais pour finir celle-ci, je pense au collectionneur présent en chacun de nous et me dois de signaler une erreur malencontreuse que l’on retrouve sur la jaquette… J’admets avoir fait les gros yeux quand je m’en suis aperçu… L’image présente sur la tranche du manga ne correspond pas à l’illustration de la couverture de Plus que des Amis mais à celle de… sick ! Autant dire que je vais éviter de mettre les deux titres de Tomo Kurahashi côte à côte sur l’étagère, de peur de voir double…


J’ai été informé que le stock entier était malheureusement concerné, mettant au rebut l’alternative de l’échange et la possibilité d’obtenir un exemplaire impeccable, à moins d’avoir la patience d’attendre une réimpression incertaine. On fera avec. A titre personnel, je vais devoir gérer mon trouble obsessionnel du comportement mais cette erreur de fabrication n’enlève évidemment rien au bon moment passé en compagnie de Suga et Hara et n’entache pas non plus mon avis très positif sur l’œuvre elle-même.

8
Du coup, parlons peu, parlons bien. De retour chez IDP avec une simplicité de style très plaisante, Tomo Kurahashi signe cette fois-ci une romance agréablement familière, tendre et émotionnellement innocente au cœur de laquelle deux adorables garçons complices mais incertains réalisent, après plusieurs années d’amitié imperturbées, l’étendue des sentiments de l’autre. Dit comme ça, cela parait terriblement classique mais c’est beau, c'est chou et suffisamment travaillé pour s'y investir. C'est tout ce qui compte.
  • La sympathie des personnages et leur dynamique authentique et spontanée
  • La transition superbement gérée vers le statut de couple
  • L'érotisme naviguant entre des instants doux et sensuels et des interactions plus sexuelles et excitantes en nature
  • Un thème relativement "classique"
  • Ce besoin compulsif d’étiqueter (au moins un) des personnages avec une orientation sexuelle incohérente

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par Charlie One

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1 commentaire

Avatar de snoopy

Merci charlieone pour cette belle chronique ^^ je me demandais justement si j'allais me laisser tenter et bien tu m'as convaincue encore une fois. Et je te rejoins également sur cette fameuse petite phrase qu'on retrouve in peu près partout même dans les tres bons titres et qui n'a pas de raison d'être, ça en devient terriblement ridicule à la longue...mais bon on ne peut pas y faire grand chose ;)