Critique À nos amours 1

A nos amours…


A la française. Lors de son annonce le titre m’avait interpellée. Je ne sais pas vous mais personnellement quand je vois un dessin old school en couverture, un sentiment de nostalgie s’empare de mon corps et me pousse vers l’objet du délit. Ici, j’admets aisément ma culpabilité. Mais, avant de rentrer dans le vif du sujet, arrêtons-nous deux secondes sur l’emballage. Jaquette bleu, blanc, rouge, sens de lecture de gauche à droite, grand format, le soin apporté à la présentation émoustille l’œil du collectionneur et pointe d’un doigt tricolore le contenu. Un petit goût de France version manga, il serait malhonnête de prétendre que nous sommes indifférents.

« Bonjour je m’appelle Jean-Paul Nishi, je suis auteur de manga »


C’est sur ces mots que débute notre aventure. Ainsi donc le personnage principal n’est autre que l’auteur lui-même, un détail pas anodin qui insuffle une dimension réelle et crédible à l’histoire. Grand sourire, celui-ci nous explique en quelques cases sa visite en France effectuée huit ans auparavant et surtout l’opinion qu’il s’est forgé des français. Choc des cultures, confrontations des mœurs, différences des genres, on se marre dès la deuxième page. Et la suivante, et la suivante… on ne peut plus s’arrêter tellement Nishi est drôle. C’est amusant aussi de voir le regard que peut porter l’étranger ami sur notre politique ou plutôt nos dirigeants. Un peu pathétique aussi quand on en pense pas moins.

A nos amours, Kampai !


Le topo est simple. Jean-Paul Nishi dit Nishi pour les intimes, nous raconte -après moult déboires, une carrière professionnelle en stand-by et un célibat de longue haleine jamais désiré- sa vie de jeune papa et par extension de jeune marié le plus simplement du monde. A la particularité que sa femme est française, qu’elle galère à apprendre le japonais, que c'est une geek des produits hightech et qu’elle a une conception de l’amour assez particulière. Démesurée et très légèrement survoltée. Ouais, sa femme est un sacré personnage, si passionnée, débordante et constamment dans l’excès que Nishi est persuadé que toutes les françaises sont à l’identique. Ce qui engendre des quiproquos assez funs. Réunis ces deux-là forment un couple improbable et en même temps si bien assorti qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer, ni de dire ouf que déjà on passe au chapitre suivant.

Un homme des temps modernes.


Soulignons que c’est Nishi qui joue le rôle de papa au foyer et que logiquement c’est madame qui fait tourner la boutique. Pour notre plus grand bonheur. C’est une succession d’anecdotes croustillantes sur son quotidien qu’il nous délivre de son bureau. Par épisodes très courts, il décrit avec une certaine autodérision sa manière désopilante de concevoir le monde qui l’entoure. Son fils devenu peu à peu le centre de son univers le fait grandir, mûrir et c’est avec lui qu’il fait l’expérience de la vie et des gens. Il brise avec humour tous les stéréotypes liés à la venue d’un bébé. Qu’ils soient vrais ou supposés, et nous en face, on se contente de rigoler et de battre la mesure avec la tête en signant de haut en bas car oui c’est vrai que Nishi a souvent raison. On se reconnait bien souvent dans son comportement, ses réactions et on adore cela. Nishi c’est comme un vieux pote à qui on peut tout confier et qui nous le rend bien. Paradoxalement, il ne nous apprend rien sur ses parents ou l’origine de son prénom, pourtant la question se pose : Un penchant pour la France obsédait-il son père ou sa mère ou étaient-ils fans de notre Bébel national ? Dans tous les cas, Nishi était destiné à épouser la France d’une certaine façon. Sa femme, elle, n’avait qu’une envie la quitter et d’ailleurs lorsqu’ils doivent y passer les vacances, c’est un calvaire pour le couple et une franche rigolade pour le lecteur. Confrontée quotidiennement aux transports en commun, je comprends parfaitement leur ressentiment.

Si je devais néanmoins faire un reproche, ça serait la vision de l’auteur devant les français. J’ai beau être née titi parisienne je ne me suis pas du tout reconnue dans son descriptif des parisiens. Pour exemple, Nishi durant son voyage à Paris évoque avoir rencontré partout et tout le temps des couples se rouler des pelles, même des tits vieux. Sauf que d’après mon expérience j’ai beau regarder de près la capitale, à pied ou en métro, ce genre de comportement exubérant n’a sa place que dans certains quartiers spécifiques et à certaines heures bien précises de la journée. Le reste du temps c’est ma foi très exceptionnel. D’un autre côté, et avec un peu de recul, si l’on s’attarde sur les mœurs et coutumes au Japon, rien que de se tenir la main en amoureux dans la rue est quasi un délit de pervers alors forcément que l’innocent Nishi a été choqué et par la suite sa vision déformée. N’empêche que sa femme aussi j’ai du mal à la comprendre mais dans le fond c’est tant mieux. C’est justement l’opposition de style qui rend les épisodes hilarants.

Manga ou BD ?


En parlant de style, évoquons un peu celui de l’auteur. D’après la couverture je m’attendais à un manga des années 80, voire début 90, pourtant ce titre est contemporain, de l’époque actuelle si vous préférez, j’ai été surprise. Mais, ce n’est pas dérangeant. En fait, cela s’explique. Nishi nous confesse au début que son rêve en allant en France c’était d’étudier la Bande-dessinée et bien que tout ne se soit pas déroulé comme prévu, on ressent clairement l’influence occidentale dans son travail. Les cases très structurées, les planches émargées, le côté caricatural, la capacité qu’il a de narrer une anecdote en deux pages et sa manière même de raconter les choses, ça fait BD. J’adhère, j’adore, c’est un jumelage parfait entre le manga et la BD. Une vraie rencontre entre les deux continents.

J’ai hâte de lire la suite. Je ne connaissais rien de l’auteur ni de ses œuvres passées mais je suis désormais totalement conquise. Ne laissez pas passer votre chance de découvrir ce talent, foncez, courrez ! vous ne le regretterez pas. D'autant que Kana nous propose une très belle édition.

10
A nos amours est un vrai coup de cœur. Frais, pas prise de tête, c’est comme poser ses valises après une journée éreintante. On est bien, on se détend, on rit à gorgée déployée et on ressort le visage rayonnant, un sourire étiré d’une oreille à l’autre. Une vraie bouffée d’oxygène, un anti-anxiogène que les médecins du monde entier devraient prescrire à leurs patients.
  • Drôle
  • Hilarant
  • Je vous ai dit que c’était drôle ?
  • Format épisodique
  • Le style caricatural
  • Nishi et sa femme
  • Epoque contemporaine
  • Ah... et poilant, divertissant à souhait et infiniment comique
  • Le dessin qui pourrait en rebuter plus d’un
  • La caricature, ça peut être un avantage comme un défaut

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par DéesseVonKiki

Gardant continuellement l'esprit ouvert, je n'exclue aucun genre si ce n'est peut-être le genre guimauve ou Arlequin. J'aime cependant ce qui est différent, ce qui surprend. Rêveuse dans l'âme et aventurière chevronnée avec une manette en main, ma table de chevet se couvre de mangas, de romans, de cd's et d'une feuille de papier. Et bien souvent aussi d'un biscuit accompagné d'un thé car lire c'est certes bien mais avec confort et gourmandise c'est juste parfait.

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3 commentaires

Avatar de uluk7

Elles sont géniales, et encore plus quand on connait Paris.

Avatar de DéesseVonKiki

@uluk7: De mon côté faut que je comble mon retard. 3 oeuvres à acheter :p

Avatar de uluk7

Hâte de le lire. Je m'étais régalé avec ses 3 mangas précédents.