Motoro Mase : Ikigami s'approche de la fin
La rencontre avec Motoro Mase au 31e Salon du livre de Paris
Samedi dernier avait lieu au Salon du livre (sur la grande scène) une rencontre avec l'auteur d'Ikigami, Motoro Mase. Elle était animée par Olivier Fallaix, le rédacteur en chef d'Animeland. Et le moins que l'on puisse dire c'est que le public était venu en masse.
Genèse d'une oeuvre
Motoro Mase qui a d'abord fait des études de cinéma en Angleterre a confié n'avoir jamais pensé qu'il deviendrait un jour mangaka mais comme il a toujours bien dessiné ses amis, quand il était enfant, lui conseillaient cette voie. D'ailleurs, il n'était pas non plus un grand lecteur de manga. Il a affirmé par contre avoir été « très surpris par la puissance des dessins » d'Akira de Katsuhiro Otomo.
Concernant la création d'Ikigami, il a expliqué avoir vu les images des attentats du 11 décembre mais s'être senti mal à l'aise, car il n'arrivait pas à ressentir d'émotion. Il a donc voulu créer une oeuvre sur ce thème-là, qui fasse ressentir les émotions de la vie et de la mort. Le titre de son manga se décompose ainsi « Iki » qui signifie mourir peut aussi vouloir dire vivre (suivant les lectures, à ce titre on se souviendra le jeu de mot du premier tome entre « iku » mourir et « ikiru » vivre) et « Gami », le papier, la carte. Ce titre fait aussi référence implicitement à l'akagami, la carte rouge d'enrôlement pour la guerre. L'auteur a avoué avoir aussi été inspiré par ce fait historique.

Réflexions autour d'Ikigami
Il s'est dit particulièrement fier que son manga soit prépublié dans le Big Comic Spirit car il estime que c'est une revue qui présente beaucoup d'histoires très représentatives du seinen. En tant qu'auteur Motoro Mase cherche à créer des passages excitants c'est pourquoi ce qui rassemble les différents personnages qui reçoivent l'ikigami c'est le fait qu'ils n'aient pas accompli tout ce qu'ils voulaient faire dans la vie. Quant à Fujimoto, à l'inverse d'un fonctionnaire classique qui profite d'une certaine stabilité dans sa vie, lui se retrouve seul, fui par tous du fait même de son métier. C'est pourquoi c'est un personnage tourmenté qui doute et plus il réfléchit, plus il doute.
Quand, on lui a demandé comment il envisageait la suite d'Ikigami, il a répondu qu'il allait continuer à raconter des histoires de jeunes qui reçoivent l'ikigami et de travailler sur les doutes de Fujimoto. Avec une petite étincelle de mystère dans le regard, il a ajouté à propos de Fujimoto, « peut-être qu'il va douter de plus en plus ou plus du tout et se rebeller. Mais ça, je ne peux pas vous le révéler ». Si l'auteur a affirmé ne pas savoir combien de tomes comptera la série, il a estimé que l'histoire commençait à s'approcher de la fin.
Au niveau de la construction des dessins, il a expliqué visualiser les images comme si une caméra était posée devant lui. Il a affirmé essayer d'exagérer les expressions pour rendre les émotions plus fortes. Pour dessiner une double page comme celle qui a été montrée durant la conférence (voir photo), il a déclaré qu'il lui fallait une journée.
Les sources d'inspiration
À ce point de la conférence, il a été question d'explorer les différentes sources d'inspiration du mangaka. Tout d'abord, Olivier Fallaix a cherché à savoir si des expériences personnelles l'avaient porté à réfléchir à la vie et à la mort. Ce à quoi Motoro Mase a répondu qu'il n'avait pas eu beaucoup de telles expériences mais que les récentes catastrophes qui se sont abattues sur le Japon l'ont énormément touché et qu'il se sent actuellement très troublé.
En ce qui concerne les autres sources comme les films ou les informations, l'auteur a évoqué les films de Ridley Scott et a expliqué que si les informations qu'il regarde peuvent influencer ses oeuvres, il se sent vite nerveux lorsqu'il y a surinformation, c'est pourquoi il procède à un tri.
Le succès international et le drama
Motoro Mase a affirmé que « c'est un grand honneur » pour lui que son manga soit apprécié en dehors du Japon. Il a déclaré qu'il n'aurait jamais imaginé avoir un tel succès à l'étranger même s'il avait remarqué lors de ses études en Angleterre que certains manga y étaient très lus. Il a avoué que jusqu'à présent il ne dessinait qu'en pensant au lectorat japonais mais qu'à l'avenir il penserait certainement aux lecteurs des autres pays.
Quand on lui a proposé de faire un film à partir d'Ikigami, il s'est senti très honoré même s'il avoue avoir eu quelques appréhensions au début. Finalement, après quelques discussions avec le réalisateur, ses craintes se sont envolées. Et comme, il a participé à l'élaboration du scénario (notamment en participant à la sélection des épisodes pour le film), il a vite eu une petite idée de ce que ça allait donner.
Le rythme de Motoro Mase
Il faut savoir que Motoro Mase n'a pas d'assistant, essentiellement parce qu'il a du mal à gérer une équipe et que ça lui fait perdre trop de temps. Quand on sait que Big Comic Spirit est un hebdomadaire, on a du mal à envisager comment le mangaka peut fournir tout le travail que la prépublication d'un chapitre par semaine représente. La réponse est simple, Ikigami profite d'un rythme de parution spécial et n'est donc pas publié à chaque numéro.
Comme on l'a vu avec le planning de Shiibashi Hiroshi, les mangaka ont souvent des rythmes de vie décalés. Motoro Mase n'échappe pas à cette règle. Il a affirmé se lever vers 14h, manger et se mettre au travail jusqu'à 5h du matin, et ce, tous les jours sauf le dimanche. En ce qui concerne sa manière de travailler avec son éditeur, il a expliqué qu'il avait beaucoup discuté avec lui au début mais maintenant que l'histoire est bien posée, il est seul aux commandes.
Commentaires (0)