• Critique Sengoku Basara - Roar of Dragon par

    Adaptation d'un jeu vidéo dont seulement quelques opus sont arrivés sous nos contrées, Sengoku Basara prend place, à l'instar de la plus connue chez nous saga Sengoku Musou (Samurai Warriors) dans la période du même nom qui fut le théâtre de nombreuses batailles et déboucha sur l'unification du pays. Si avoir quelques connaissances de fond de ladite période peut s'avérer utile pour comprendre les nombreuses références aux combats évoqués ça et là dans le manga (comme lorsque que l'on évoque les affrontements de Komaki-Nagakute, ou le rôle d'Hideaki Kobayakawa), il n'y en a nul réel besoin: loin d'être une leçon d'histoire, le manga se veut fun et sans prise de tête, comme en témoignent les techniques fantaisistes surpuissantes des protagonistes au combat.
    Roar of the Dragon couvre donc la période s'écoulant après l'incident d'Honnôji jusqu'à la grande bataille de Sekigahara, vue par les yeux de Masamune Date.

    Masamune, c'est un peu la principale qualité du manga à lui seul. Très beau, poseur en diable, Asahi Ôga a réussi à rendre son personnage principal très charismatique; et si son côté frimeur en agacera plus d'un d'entrée de jeu, on le découvrira terriblement humain et brisé après son premier combat contre Mitsunari.
    Le point fort de la série est en effet là où on ne l'attendait pas. Les combats sont courts, brouillons, rendus illisibles par l'abus de super techniques délirantes faisant voler les troupes dans tous les sens où l'on ressent bien que ceci est l'adaptation d'un beat'em all, et encore, quand ils ne sont pas simplement résumés en une case. Oui, vous avez bien lu. Du combat entre Hideyoshi et Ieyasu Tokugawa, on ne verra rien. Seul celui mentionné plus haut entre Masamune et Mitsunari s'avère vraiment bien foutu, avec un fort impact, un déroulement très lent, posé, comme pour mieux montrer que Masamune en bave.
    De façon générale, chaque apparition de Mitsunari est rendue glaçante, contrastant avec la légèreté d'un Yukimura immature qui sera amené à évoluer.
    Car l'auteur prendra le temps de nous détailler l'apparition des fissures entre Ieyasu et Mitsunari (qui mènera donc à Sekigahara); l'émancipation douloureuse de Yukimura vis à vis de son vénéré Shingen Takeda; la loyauté sans bornes de Kojûro, Sasuke ou Kasuga envers leurs maîtres. Là où ce Sengoku Basara - Roar of the Dragon excelle, c'est dans la peinture des liens entre les protagonistes, étrange contraste avec le côté fun des bastons. Et ça, c'est vraiment une sacrée (bonne) surprise.
    Dommage que tout soie quelque peu ruiné par la grande motivation commune aux protagonistes, qui fleure bon la niaiserie, le kitsch et teinte la fin du manga d'un côté trop léger. Si vous ne connaissez pas l'issue historique de Sekigahara, ne vous attendez pas à savoir comment le combat a fini: le manga fait tout simplement l'impasse dessus, et la fin très ouverte, bien que satisfaisante, laissera un goût de queue de poisson à une bonne partie du lectorat. Jusque là, la série était pourtant méchamment plaisante.

    En dehors des combats qui manquent totalement d'intérêt, la narration est donc une réussite pendant la majeure partie de la série, avant de s'enfoncer dans les bons sentiments pour ne jamais parvenir à s'en extraire. Mais curieusement, l'on a envie de pardonner à Asahi Ôga tant le reste est sympathique à lire.

    Surtout que graphiquement, toujours en dehors des combats, c'est plutôt joli à regarder. Masamune évidemment, mais aussi les décors ou les scènes de massacre (SURTOUT les scènes de massacre!), qui, tout en restant très soft, parviennent à avoir l'impact désiré.

    On n'attendait pas forcément grand chose d'un manga adapté d'une série de jeux vidéo qui plus est bien moins populaire chez nous qu'au Japon. Pourtant, Roar of the Dragon se laisse plutôt bien lire, et séduira sans mal les fans du jeu, de la série concurrente Samurai Warriors (dont votre humble servante fait partie) et éventuellement les amateurs d'histoire japonaise que la période intéresse et qui n'ont pas peur de voir un Masamune lancer des "keep cool" à son armée. Ceux-là pourront tous rajouter un point (une demi-étoile) voire deux (une étoile en plus donc) à la note.
    C'est léger, ça se lit sans peine, une lecture divertissante qui ne restera pas dans les mémoires mais qui remplit très bien son rôle.

    L'édition de Kazé est très agréable, avec une impression et une reliure impeccables, pas de coquille, de jolies pages couleurs et des bonus sous la jaquette de chaque tome.

    6

    Poison Lady - 27 juin 2013

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