• Critique L'île de Hôzuki par

    S'il n'y a en fin de compte strictement rien d'horrifique dans L'île de Hôzuki, Kei Sambe nous gratifie d'un très bon thriller mené de main de maître et où l'on ne s'ennuie pas une seconde. Faux-semblants, mensonges et paranoïa, dans un manga où absolument chacun a sa part d'ombre, difficile de démêler le vrai du faux...

    Il ne faut pas chercher de véritable originalité dans le scénario, qui fleure bon avec les classiques du genre. Une île isolée cachant bien des secrets, des ennemis qui ne sont pas toujours ceux que l'on croit, une fuite éperdue dans la nature et même une nuit d'orage, heureusement que c'est dans les vieux pots que l'on fait les meilleurs plats. De toutes façons, il n'est ici question que d'une course-poursuite pour la survie, et ce sont bel et bien les personnages qui portent le récit, que ce soie par leur personnalité ou leurs réflexions, comme dans tout bon huis-clos.

    La première chose qui distingue "L'île de Hôzuki" du lot est que, malgré le ton adulte du récit, les personnages principaux sont tous des enfants. Même pas des ados, non, non: des enfants. Le lecteur craindra au début de ne pas parvenir à s'attacher à ces héros de fait de leur très jeune âge (en décalage total avec le sujet), d'autant que le protagoniste principal, Kokoro, n'est pas loin du zéro pointé en charisme. Mais ce personnage "neutre" fera en réalité un parfait narrateur, entouré de personnages réellement attachants et loin d'être ordinaires. Yume, la petite soeur aveugle mais dotée d'une ouïe étonnante; Hatsune, la fragile jeune fille muette mais loin d'être la potiche de service à sauver (enfin... presque); Rikiya, le classique dur au grand coeur; mais aussi Futoshi, le boulimique qui évolue beaucoup au cours de l'aventure et nous surprendra à plus d'une reprise; et enfin et surtout le surdoué Shûichiro, qui éclipse sans mal et de loin tous les autres, véritable pilier du manga. Bluffant, du début à la fin.

    La fine équipe est très équilibrée et suivre leur fuite éperdue face à des adultes tous inquiétants, y compris Mlle Kai, que l'on aurait pourtant crue parfaitement innocente au début, est un régal.

    Car là où Kei Sambe excelle, c'est dans la narration et la mise en scène. Tout est parfaitement fluide, sans longueurs, sans temps mort, sans confusion. Et quand l'auteur choisit de faire douter le lecteur, il y arrive de fort belle manière. Comme Kokoro, plus aucune certitude ne nous paraît acquise. Les alliés sont-ils tous fiables? Les ennemis sont-ils ceux que l'on croit? Kokoro lui-même est-il réellement "tout blanc"? En dotant ses personnages de réactions humaines et crédibles, le mangaka réussit à immerger le lecteur dans son histoire, et à le balader gentiment, jusqu'au final. Si simple, et pourtant d'une efficacité redoutable, où les choix de l'auteur nous apparaissent évidents (à commencer par celui de ses personnages). Dommage que le petit chapitre de conclusion se révèle aussi expédié, laissant une forte impression de ne servir qu'à balancer en vrac les explications au sujet des dernières zones d'ombre.

    Graphiquement, c'est plutôt agréable, les personnages sont très expressifs et l'île très bien dépeinte (l'auteur a voyagé pour s'inspirer d'une vraie île), et l'action très dynamique et sans réels soucis de manque de clarté lors des scènes de fuite ou "d'action".
    A noter un peu de fan-service, qui, s'il est parfaitement intégré en ce qui concerne Mlle Kai (dont les formes se prêtent d'ailleurs naturellement à ce genre de bonux), devient un poil plus douteux en ce qui concerne Hatsune (était-il REELLEMENT nécessaire de montrer la jeune fille -de onze ans- debout dans la baignoire? Même avec de la mousse bien placée?).

    Au final, la seule chose que l'on puisse vraiment reprocher à L'île de Hôzuki, c'est son classicisme. En l'état, la série se révèle être un excellent divertissement, à savourer de préférence d'une seule traite, mais qui ne surprendra le lecteur à aucun moment. C'est fort dommage.

    L'édition de Ki-oon se veut comme toujours impeccable.

    7

    Poison Lady - 30 novembre 2012

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