• Critique CCW - Chayamachi Chiral Works T.1 par

    Le trait de Suguro Chayamachi, on aime ou on déteste. Epais, chargé, brut, le résultat est souvent assez proche du crayonné encré tandis que sa colorisation fait la part belle aux aplats, plus rarement ombrés de façon nette, sans dégradés. Bilan: au premier abord, un aspect brouillon et simple, imprécis, rude, à même de rebuter.

    Pourtant, il s'agit d'un réel parti pris graphique de la part de l'illustratrice.


    Et ça, c'est toute la première moitié de l'artbook dédié aux travaux de Suguro Chayamachi sur les licences de Nitroplus Chiral, consacrée à Togainu no Chi, qui n'aura de cesse de le prouver.
    Pour dépeindre un univers sombre voire malsain, ce trait sans fioritures fonctionne à merveille, soutenu par des teintes majoritairement rouges, grises et noires. Comme des planches de manga qui auraient été à peine colorisées. Soutenues par une mise en scène vraiment efficace, appuyée par de chouettes effets de perspective sur les bâtiments, semblant se refermer autour des personnages ou au contraire les rendant tout petits au milieu de l'immensité de la ville. Une claque que l'on n'attendait vraiment pas. Suguro Chayamachi n'hésite pas à mettre parfois davantage l'accent sur les décors que sur ses protagonistes, un choix aussi surprenant que judicieux. Comme lorsque l'on découvre cet escalier en plongée, avec en bas cette porte défoncée et ces traces de sang. Rien d'autre. Si ce trait épais, rugueux, voire grossier peut déplaire pour ce qui est des personnages, le niveau de détail des environnements a de quoi impressionner. Impossible de rester de marbre.
    L'autre force de cette partie du bouquin, c'est que les artworks sont agencés de telle façon que l'on a presque l'impression de suivre une histoire.

    Bref, rien que pour ces quelques planches, comme celle avec cet homme laissant dans son ombre un monceau de cadavres, il est possible d'être conquis par l'artbook, et ce même si l'on n'adhère vraiment pas au style de l'illustratrice pour ce qui est des portraits.


    Le chapitre sur Lamento marque une certaine évolution graphique, un côté un peu moins imprécis, un chouia plus fin, de même que la colorisation, beaucoup plus nuancée, comme le montrent les portraits des démons. Malheureusement, cette partie du livre est extrêmement courte, et l'on n'y découvrira à peine plus que les illustrations couleur parues en début des volumes reliés. Restent quelques pépites, comme le portrait de Leaks en ombre chinoise devant la lune.


    Le hic, c'est le bon dernier tiers du livre, consacré à de mini-histoires, à une BD humoristique cross-over entre les deux univers, se déroulant dans un combini (les supérettes japonaises). Du n'importe quoi en puissance compréhensible sans trop de soucis, qui ne manquera pas de faire sourire les fans de chaque licence, mais qui laissera complètement de marbre les simples curieux. On aurait aimé plus d'artworks à la place!


    L'édition par Enterbrain est vraiment soignée. Jaquette épaise, un peu rugeuse, enduite de vernis sélectif sur les contours de l'illustration de première de couverture, pour mieux souligner le traits épais de l'auteure. Papier épais et impression nickel. Rien à redire.


    Au final, un artbook qu'il est difficile de ne pas comparer à l'OST de Lamento: très intéressant, mais imparfait, imprécis, comme le trait de Suguro Chayamachi... également garni de quelques perles et blindé de vraies bonnes idées. Pas vraiment "beau" à regarder, capable de déplaire aux fans des deux licences tant le trait est particulier, il s'adresse ainsi davantage aux amateurs du trait de l'illustratrice, ou aux curieux en quête de quelque chose de différent. Dans tous les cas, se renseigner avant d'acheter.

    6

    Poison Lady - 24 février 2013

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